Que ce soit parfaitement clair comme de la glace. Le projet Icelegacy, qui consiste à traverser les 20 plus grands champs de glace de la planète, est difficile. Nous ne craignons pas seulement les crevasses, comme les immenses trous des calottes glaciaires d’Alaska, mais nous sommes aussi préoccupés par les changements dramatiques et bouleversants qui s’y produisent.
La glace est un élément essentiel qui régule les températures et permet la vie sur Terre. Elle est fragile et fond à une vitesse très élevée sous nos yeux. Le froid est crucial et les enjeux sont considérables. L’équilibre de notre planète ne sera peut‑être plus jamais sain. Dans quelle mesure contribuons‑nous à ce déséquilibre ?
Mon collègue ambassadeur Norrøna, Børge Ousland, et moi avons lancé le projet Icelegacy il y a environ dix ans.
L’idée est d’aller au-delà de la satisfaction de notre propre ego et de notre performance. Nous sommes deux générations différentes qui se rencontrent avec la même passion, les mêmes convictions et les mêmes valeurs, animées par la même volonté de repousser toujours plus loin les frontières de l’exploration.

En traversant les 20 plus grands champs de glace de la planète, nous espérons créer un lien entre l’aventure et la science, recueillir des échantillons utilisés pour différentes études scientifiques et partager les résultats à travers les médias, des conférences, des pétitions et des programmes éducatifs. Au final, il s’agit d’influencer l’opinion publique en faveur de la préservation de la glace et de la réduction de notre impact sur la Nature.

Où tout a-t-il commencé ? Octobre 2010, en Norvège. Børge a crié « Ça y est ! ». Le bouchon de la bouteille de champagne est parti très haut, non seulement à cause de la pression, mais aussi parce que notre joie l’a fait monter encore plus. Je venais de terminer ma première expédition avec lui et le capitaine Thorleif Thorleiffsson, en tant que membre d’équipage à bord du « Northern Passage », un trimaran de 31 pieds qui avait réussi à faire le tour du pôle Nord en une seule saison. J’avais 24 ans. À ce moment-là, j’étais surexcité, mais aussi préoccupé. Pourquoi ? À cause de ce qui venait de se passer dans le passage du Nord-Ouest.
Le passage du Nord-Ouest est une route qui relie l’océan Pacifique à l’océan Atlantique en traversant la partie nord du continent nord-américain. Nous avons parcouru ce passage, à la voile et au moteur, en 25 jours ! Un siècle plus tôt, le Norvégien Roald Amundsen avait mis trois ans pour le franchir. Sans aucun doute, nous disposions d’un bateau plus rapide, d’une meilleure technologie et de davantage d’informations. Cependant, c’est probablement le manque de glace qui a été la principale raison de notre réussite.

À travers le détroit de Bellot, un chenal très étroit habituellement pris par les glaces, nous avons progressé sans encombre. Un Isbjørn (ours polaire) ! En nous approchant du rivage, le roi de l’Arctique se tenait face à nous, à quelques mètres seulement. J’ai à peine réussi à prendre de bonnes photos tant j’étais surexcité. L’ours s’est éloigné de nous et s’est retourné une dernière fois. Si je repense à cette expérience avec mes yeux d’enfant, je dirais : « Quelle expérience incroyable ! ». Je me demande si l’ours polaire a ressenti la même excitation.
Une hausse d’un ou deux degrés des températures au Pays basque, où j’ai grandi, n’a jamais eu d’impact sur ma vie. À Oslo, cela pourrait simplement raccourcir la saison de ski de fond. En revanche, dans les régions polaires, cette même différence de température transforme la glace en eau.L’ours polaire se retrouve soudain privé de son terrain de chasse, la banquise, pour capturer les phoques. C’est exactement comme si l’on supprimait tous les supermarchés de nos villes.Cette expérience a clairement été une immense révélation, et mon engagement en faveur des projets de conservation n’a cessé de grandir.

Quelques années plus tard, nous avons réalisé la première traversée du Nordaustlandet, l’une des îles de l’archipel du Svalbard. Børge m’a demandé si j’étais intéressé par la traversée d’autres calottes glaciaires avec lui afin de sensibiliser à la récession des glaces. Je n’ai pas mis longtemps à répondre. Icelegacy était né.
Mon partenariat avec Børge dans le cadre du projet Icelegacy représente une alliance puissante d’expertise, de détermination et d’un engagement commun à protéger les formations de glace de la Terre. Nos efforts conjoints visent à préserver la beauté et l’importance de la glace, tout en éveillant un sentiment de responsabilité et d’action chez les individus, les communautés et les nations du monde entier.
Les glaciers sont en rapide déclin en raison de la hausse des températures, ce qui fait peser la menace d’une élévation durable du niveau des mers. Ils sont essentiels en tant que source d’eau douce pour des millions de personnes dans le monde. C’est pourquoi les glaciers doivent être mieux connus et protégés. Le monde doit trouver des solutions techniques et politiques à la crise environnementale. Icelegacy se veut un incubateur de ce processus, un exemple visuel de ce qui se passe sur le terrain.

Explorer est un désir constant pour moi. C’est une façon de comprendre à quel point nous sommes vulnérables et à quel point nous sommes liés à la nature. C’est en vivant des moments intenses et magiques en pleine nature que je réalise à quel point notre planète est belle.
Pour nos enfants, cela ne veut pas dire les gâter avec des jouets en plastique à Noël, mais leur donner la chance d’explorer un monde encore sauvage. Pour moi, cela veut dire beaucoup de glace et quelques beaux gros ours polaires bien gras !
On peut nous reprocher de prendre plusieurs avions pour atteindre ces calottes glaciaires reculées. C’est vrai. Mais nous continuons à nous démener pour créer un lien entre l’aventure et la science. Depuis 20 ans, j’explore certains des endroits les plus isolés, principalement dans les régions polaires. Jusqu’à présent, avec Børge, nous avons traversé la moitié des 20 plus grandes calottes glaciaires du monde.


Toutes ces aventures et le fait d’être témoin de l’accélération du changement climatique ont changé mon état d’esprit et ma façon de consommer. Je garde toujours à l’esprit l’empreinte humaine. Je me pose la question : que puis-je faire pour réduire mon empreinte ?
Du fait de me taxer moi-même de 10 NOK (1 EUR) chaque fois que je rentre chez moi avec du plastique et de donner cet argent à des associations environnementales, au fait de ne pas acheter ce dont je n’ai pas vraiment besoin, en passant par la consommation de produits locaux et de saison jusqu’à mon dernier effort qui consiste à planter un arbre chaque fois que je prends l’avion, j’essaie simplement de faire ma part parce que je suis triste de ce qui arrive à notre planète.
Une année, j’ai contribué à planter 30 arbres : 20 dans le village de Tarauacá, dans la forêt amazonienne brésilienne, et 10 dans le Sud-Ouest de la France, d’où je viens. Pourtant, je suis confronté au défi de parcourir le monde, d’aller dans des endroits reculés tout en essayant de réduire mon empreinte carbone. Je parle d’environnement et, en même temps, je suis loin d’être une personne exemplaire. Je ne suis pas un héros et je suis plein de contradictions.

Un pessimiste dirait « on ne peut rien faire ! Tout est fichu » et un optimiste dirait « tout va bien ! Ce n’est pas grave ». Dans les deux cas, au final, rien ne se fait. Pour moi, ce qui compte, c’est de savoir si nous essayons de faire partie de la solution ou du problème. Faire partie de la solution, n’est-ce pas une formidable occasion de grandir en tant que personne, en tant que société, et d’être plus responsables en même temps ? Et si, au lieu de prendre une décision en pensant à son impact demain, nous considérions que l’impact de cette décision se situe dans cent ans ? Nous pourrions alors en anticiper les conséquences sur le long terme.
Je pense que les entreprises peuvent réduire les dégâts causés à cette planète en proposant des produits et des services plus propres. C’est à nous de choisir avec soin et de lutter contre cette consommation émotionnelle. Nous votons tous les quelques années pour un président. Mais avec notre carte de crédit, nous votons chaque jour !
Que nous croyions ou non à l’impact de l’être humain dans le débat sur le changement climatique, je pense que nous avons malgré tout la responsabilité de protéger les grands espaces sauvages afin que nos enfants puissent découvrir des écosystèmes riches.

Allons-nous laisser disparaître ces immenses réserves d’eau douce ?
Allons-nous essayer d’agir ou allons-nous simplement laisser faire ?
Et que dirons-nous à nos enfants ?
Les actes parlent d’eux-mêmes.
Les paroles ne coûtent rien.



