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La première descente du Cerro Mercedario en VTT6 770 m

Two mountain bikers ride up a rocky trail. The biker in the foreground is wearing a Norrøna jacket.  The sky is blue with white clouds.

Text: Henrik Mühlbradt


Published: Feb 11, 2026

MagazineAdventureExpedition

C’est isolé, c’est risqué, et c’est une descente en VTT que personne n’avait jamais réalisée — jusqu’à aujourd’hui. Andreas Tonelli et Giovanni Mattielo sont les premiers vététistes à avoir conquis le sommet du Cerro Mercedario, culminant à 6 770 mètres, puis à l’avoir redescendu à vélo.


Vététiste professionnel, véritable gentleman et ambassadeur de Norrøna, Andreas Tonelli a perdu la vie dans un accident de vélo le 15 juillet 2025, près du Piz Duleda, au cœur des montagnes de sa région natale : les Alpes italiennes.

Andreas était une voix passionnée, engagée et importante au sein de la famille Norrøna. Nous nous souvenons de son grand sourire et de son amour profond pour le VTT, la nature et les amitiés qui se nouent en montagne.

En plus de participer aux essais et au développement de nouveaux produits Norrøna, Andreas travaillait également comme guide VTT pour Norrøna Adventure, partageant sa passion pour ce sport avec chacun des participants qu’il rencontrait.

Il a profondément marqué toutes les personnes qui ont eu la chance de le connaître.

Vous pouvez lire ci-dessous l’entretien réalisé après qu’Andreas et Giovanni Mattielo ont gravi le Cerro Mercedario, un sommet culminant à 6 770 mètres, en janvier 2025.


La première ascension du Cerro Mercedario aurait été réalisée il y a moins de 100 ans, en 1934, par Adam Karpinski et Wiktor Ostrowski, membres d’une expédition polonaise.

Cependant, certains indices laissent penser que l’histoire de l’alpinisme au Cerro Mercedario remonte à bien plus longtemps.

Lors de l’ascension, on peut voir des vestiges de l’époque inca. Il y a plus de 500 ans, les Incas gravissaient la montagne dans le cadre d’un rituel religieux, explique Andreas Tonelli, vététiste professionnel et guide italien.

— On peut voir des murets de pierre disposés en demi-cercle, qui leur servaient d’abri. Cela contraste fortement avec toutes les tentes confortables, les matelas de sol et les sacs de couchage que nous utilisons aujourd’hui. Garder à l’esprit l’histoire du Cerro Mercedario procure une sensation particulière lorsqu’on gravit la montagne, explique Andreas Tonelli.

Et à propos de cette sensation si particulière, revenons en arrière pour découvrir ce qui motive un vététiste européen à se lancer dans une mission inédite : atteindre à VTT le sommet du Cerro Mercedario, en Argentine.

Peut-on parcourir le Cerro Mercedario à vélo ?

Qu’est-ce qui vous a poussé à relever le défi de descendre le Cerro Mercedario à vélo, Andreas ?

— J’ai grandi dans les Alpes, dans le Süd-Tirol, et je suis donc très profondément attaché à la montagne. J’aime l’escalade et le VTT, et j’aime combiner ces deux sports. J’ai déjà vécu plusieurs aventures en Amérique du Sud, mais j’ai senti qu’il était temps de passer à l’étape suivante et de tenter quelque chose de plus intense et de plus isolé que tout ce que j’avais fait jusque-là.

Après d’innombrables recherches approfondies, l’étude d’images satellites et des échanges avec des personnes qui s’étaient déjà rendues dans la région, il semblait possible de gravir le Cerro Mercedario à vélo. Si c’était bien le cas, ce serait la plus haute montagne au monde que l’on puisse gravir à vélo et redescendre intégralement sans mettre pied à terre ni devoir franchir à pied des passages techniques.

A snow-capped mountain range in the distance, with a light brown, flat, desert-like foreground.

Descendre le Cerro Mercedario à VTT, ce serait s’offrir 4 000 mètres de dénivelé négatif à couper le souffle — au sens propre du terme.

Mais avant de pouvoir redescendre à vélo, il faut atteindre le sommet, à 6 770 mètres d’altitude.

Les préparatifs

Gravir une montagne de 6 770 mètres est déjà un exploit. Ajoutez-y un VTT, et tout devient plus exigeant et plus compliqué.

Andreas s’est associé à un autre vététiste, Giovani Mattielo, et ensemble, ils ont élaboré un plan et commencé à s’entraîner pour le Cerro Mercedario. En tant que vététistes professionnels et guides, ils disposaient de bases solides. Ils ont néanmoins dû se préparer plus spécifiquement pour l’expédition :

— L’entraînement spécifique a commencé deux mois et demi avant le départ. Il consistait principalement à courir et à faire du vélo en montagne avec un gilet lesté. Il était important de simuler le poids que nous aurions à porter pendant l’expédition, explique Tonelli, rappelant qu’ils devraient emporter avec eux tout ce dont ils auraient besoin pour survivre en montagne pendant deux semaines.

Ils devaient également se préparer à vivre et à se déplacer en haute altitude. Un manque de préparation à l’altitude et à l’air raréfié, moins riche en oxygène, pouvait compromettre toute l’expédition.

— Juste avant le voyage, nous avons passé plusieurs jours dans un refuge à 3 200 mètres d’altitude, dans le Val Senales, en Italie. De là, nous faisions chaque jour des sorties d’entraînement pour nous habituer à l’air raréfié. Ensuite, l’idée était de nous acclimater directement sur le Cerro Mercedario en prenant notre temps pendant l’ascension.

Avant le départ, ils devaient également préparer leur matériel. Pour l’occasion, Andreas a monté un vélo particulièrement léger, car il savait qu’il faudrait le pousser ou le porter jusqu’au sommet et que le poids jouerait donc un rôle déterminant. Il a assemblé un vélo doté d’un cadre en carbone, avec un débattement de 150 mm à l’avant et de 145 mm à l’arrière. Des freins puissants et des pneus robustes ont été privilégiés afin de rendre la descente aussi sûre que possible. Le vélo affichait au final un poids total de 13 kg, de quoi satisfaire n’importe quel adepte de la chasse aux grammes pour un VTT tout suspendu aussi performant.

A pink Norrøna mountain bike parked beside a tent in a rocky landscape. The mountains are in the background.

Pour les passages escarpés où il était plus judicieux de porter le vélo, ils ont utilisé un harnais de portage permettant de fixer leur vélo à une plaque en plastique sur leur sac à dos.

Pour rendre ce voyage possible, ils ont emmené avec eux le caméraman Luca Putzer et Julia Kremer. Le rôle principal de Julia était de s’occuper de la logistique et de la sécurité, deux aspects essentiels à la réussite de l’expédition. Le groupe avait prévu de gravir la montagne ensemble.

Huit jours de montée

En janvier 2025, l’équipe s’est réunie en Argentine, au pied du Cerro Mercedario. La région est extrêmement isolée, loin de toute présence humaine, de toute infrastructure, du village le plus proche et du moindre confort. Et surtout, loin de l’hôpital en cas de problème.

Four people stand on a pickup truck with a Norrøna bag and a bicycle in the back. The truck is parked on a white, sandy surface. Mountains are in the background.

L’ascension a commencé au pied de la montagne, à 2 900 mètres d’altitude, ce qui signifie que le groupe devait gravir près de 4 000 mètres de dénivelé avant de pouvoir atteindre le sommet du Cerro Mercedario.

— Eh bien, il restait encore davantage de mètres à gravir, explique Tonelli : « Pour vivre en montagne pendant deux semaines, il faut beaucoup de nourriture et du matériel, comme de quoi cuisiner, des tentes et des sacs de couchage, pour ne citer que quelques exemples. Pour obtenir de l’eau potable, nous faisions fondre de la glace, car il est impossible d’emporter suffisamment d’eau pour près de deux semaines. »

— Pour pouvoir tout transporter jusqu’en haut, nous avons d’abord poussé et porté nos vélos, puis nous sommes redescendus, généralement pour passer la nuit au camp avant de le déplacer plus haut le lendemain. La charge à porter était généralement d’environ 20 kilos par personne.

Two people hike up a rocky mountain path with their bikes. The person on the left is wearing a Norrøna backpack.
Three people wearing Norrøna jackets are gathered around a fire pit in a rocky mountain valley. Two tents and camping gear are visible.

Cette stratégie permettait non seulement d’éviter de porter des charges extrêmement lourdes, mais aussi de bien s’acclimater à l’altitude. Faire des excursions à haute altitude pendant la journée et dormir à plus basse altitude est la meilleure pratique pour éviter le mal des montagnes. C’est un principe couramment appliqué lors de la plupart des expéditions en haute altitude.

Assaut final vers le sommet

Le dernier camp sur le chemin de l’ascension se trouvait sous un glacier, à 5 700 mètres d’altitude. Un endroit très exposé. « Contre toute attente, il s’est mis à neiger, et il est tombé entre 5 et 10 cm de neige, se souvient Tonelli. Nous avons commencé à nous inquiéter des conditions de descente et avons décidé de renoncer à une journée de repos pour lancer l’assaut final vers le sommet. En effet, la météo devait se dégrader les jours suivants, avec de nouvelles chutes de neige ; il était donc temps de partir. Cette décision comportait des risques et pouvait provoquer le mal des montagnes. »

À 2 h 30 du matin, ils quittèrent le camp et commencèrent à se diriger vers le sommet.

Alors qu’ils gravissaient lentement la montagne, l’effort commençait à éprouver l’équipe. À 6 200 mètres, Luca, le caméraman, a commencé à avoir des nausées et des maux de tête. Julia a ressenti les mêmes symptômes. Présentant des signes de mal des montagnes, Luca et Julia ont dû redescendre à une altitude plus basse, tandis qu’Andreas et Giovanni ont pu poursuivre leur ascension vers le sommet.

Avec un petit sac à dos ne contenant que 8 kg de produits de première nécessité, ils ont poursuivi leur ascension vers le sommet, poussant et portant leurs vélos. Des vents violents avaient balayé la neige tombée la veille et, le 2 février 2025 à 14 h, sous un soleil radieux et par -11 °C, Andreas Tonelli et Giovanni Matiello sont devenus les premiers à atteindre le sommet du Cerro Mercedario avec des vélos.

Two people wearing Norrøna gear walk up a rocky mountainside with their bikes.

Cela faisait maintenant huit jours qu’ils avaient commencé l’ascension à 2 900 mètres d’altitude, et Tonelli, gagné par la fatigue et l’émotion, savait qu’ils avaient atteint le sommet : — Cela avait été si éprouvant, nous n’avions eu qu’une seule journée de repos, et j’étais tellement fatigué que je me suis mis à pleurer. Gio et moi nous sommes pris dans les bras, en essayant de nous imprégner de ce moment.

La plus longue descente cyclable au monde

La première étape de la descente consistait à rejoindre le glacier, où Julia et Luca attendaient dans le camp en contrebas.

La sécurité était une préoccupation majeure. Comme l’hôpital le plus proche était très éloigné, ils devaient prendre le moins de risques possible. Un accident pouvait être fatal, car une opération de sauvetage dans un environnement aussi hostile serait compliquée. Il n’y avait pas de réseau mobile, mais ils emportaient un téléphone satellite pour les situations d’urgence, en espérant ne jamais avoir à s’en servir.

Lors de leur ascension vers le sommet, Andreas et Giovanni ont dû franchir une longue et étroite traversée : « Nous avons estimé qu’il serait difficile et risqué de redescendre à vélo par le même chemin. Nous avons donc commencé à chercher d’autres itinéraires pour rejoindre le camp. Après avoir étudié les différentes possibilités, nous avons décidé d’emprunter un autre chemin. Nous avons choisi une ligne de freeride hors sentier, en direction du glacier. C’était plus rapide, plus sûr et plus amusant que de redescendre en équilibre le long de la traversée », raconte Andreas avec le sourire.

A person wearing a Norrøna jacket rides a mountain bike on a rocky path, kicking up dust.  A snowy mountainside is in the background.

La descente à vélo était difficile, mais tout le parcours était praticable. Le dénivelé total jusqu’au pied de la montagne était d’environ 4 000 mètres, et ils ont dû effectuer la descente par étapes : ils descendaient d’abord à pied avec leur équipement, puis remontaient chercher leurs vélos avant de redescendre en roulant, tandis que Luca filmait et prenait des photos pour un documentaire. — Au total, il nous a fallu trois jours pour atteindre le pied de la montagne, raconte Andreas.

— Parcourir le Cerro Mercedario 500 ans après son ascension par les Incas a donné davantage de profondeur et de sens à cette expérience, explique Andreas. — Pour eux, il s’agissait d’un voyage religieux qui revêtait une signification personnelle. Pour nous aussi, cette expédition avait une forte dimension personnelle. Nous ne nous consacrons qu’à des activités qui nous passionnent véritablement et nous voulons inciter d’autres personnes à se lancer dans des aventures qui ont du sens pour elles.

Quels conseils donneriez-vous à d’autres cyclistes qui rêvent de tenter une aventure similaire ?

— Lancez-vous ! Sortez de votre zone de confort. Les rêves sont faits pour être vécus. Même si vous n’atteignez pas votre objectif, vous apprécierez le voyage. Repoussez un peu vos limites, cela vous fera vous sentir vivant. Lors d’une expédition comme celle-ci, on apprend non seulement à mieux connaître les autres, mais aussi à mieux se connaître soi-même.

Oubliez le confort de votre vie, vous devez affronter les difficultés. Vous réaliserez alors à quel point il faut peu de choses pour être heureux.

Two people are riding mountain bikes on a rocky trail in front of a glacier with sharp ice formations.